Pour l’homme d’affaires liégeois Laurent Minguet, «  ce projet s’inscrit dans le cadre de la transition énergétique. On sait qu’il faut aller vers les énergies renouvelables, photovoltaïque en tête. Le fonctionnaire délégué de la Région wallonne s’est d’ailleurs montré très enthousiaste quand je lui ai présenté ce projet  ». À la manœuvre de ce projet qui prévoit l’installation d’un champ de 3.846 panneaux photovoltaïques dans un champ de deux hectares dans la campagne de Rouvreux, Laurent Minguet compte bien avancer, contre vents et marées.

Ni l’avis défavorable rendu par la commune de Sprimont ni la menace brandie par les riverains d’un recours au Conseil d’Etat ne l’ont fait reculer. Mais aujourd’hui, la menace est devenue réalité.

Quatre riverains proches ont en effet saisi le Conseil d’Etat pour tenter de faire annuler le permis délivré par le fonctionnaire délégué de la Région wallonne.

Me Éric Lemmens, qui représente leurs intérêts, avance de nombreux arguments.

Pour lui, le permis violerait notamment plusieurs articles du Cwatup, le Code wallon d’aménagement du territoire, en autorisant le projet sur un terrain situé en partie en zone d’extraction sans condition de durée ou en stipulant qu’il concerne des équipements communautaires. Faux, estime Me Lemmens, qui précise même dans son argumentaire que, vu la puissance attendue du projet et l’état du réseau électrique à cet endroit, «  le courant électrique produit par le projet devra être purement et simplement redirigé vers la terre afin de préserver le réseau, inadapté au projet. Ceci démontre l’absence d’utilité publique du réseau, la SA Mimob continuant au demeurant à percevoir la rémunération liée à sa production indépendamment du sort final de l’électricité produite  ».

« Elles entravent la vue »

L’impact paysager de ce projet est également mis en avant par le conseil des riverains, photos à l’appui. Or, «  le fait pour la partie adverse de mentionner que l’impact du projet serait inhérent “à tout projet implantant de nouvelles constructions à un endroit vierge” ne manque de surcroît pas de heurter puisque précisément, les constructions litigieuses s’implanteront en l’espèce sur des parcelles qui ne sont pas destinées à la construction…  », précise-t-il.

«  En outre, les installations litigieuses risquent de porter atteinte de manière considérable au cadre dans lequel elles s’inscrivent […] et elles entravent les vues vers la vallée de l’Amblève de manière définitive. Les panneaux photovoltaïques seront visibles depuis les habitations voisines. Un écran végétal est bien prévu mais celui-ci ne masquera que pour partie les installations. En effet, sa hauteur est inférieure à celle des installations litigieuses. De plus, les panneaux seront également visibles depuis plusieurs lieux fréquentés par des touristes. Cela portera atteinte au cadre dans lequel ils s’inscrivent et portera préjudice à l’attrait touristique de l’endroit.  » Ainsi qu’à son intérêt historique, continue Me Lemmens, qui rappelle que ce projet s’implanterait sur le site de la bataille de Sprimont, durant laquelle s’opposèrent en 1794 troupes françaises et autrichiennes. Un événement qui figure même sur le célèbre Arc de triomphe parisien…

La balle est maintenant entre les mains des magistrats du Conseil d’Etat, mais il est très probable que le projet ait vu le jour avant qu’ils ne se prononcent. «  Nous attendons encore le mémoire de la partie adverse, termine Me Lemmens. Mais l’arrêt du Conseil d’Etat n’interviendra de toute façon que dans un délai de quatre à six mois. Par contre, si les travaux débutent, nous pourrions entamer d’autres démarches pour les faire suspendre.  » Or, Laurent Minguet annonçait dans Sudpresse voir ses panneaux installés pour le printemps 2017.