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P.-O.: «Seules 15 % des serres photovoltaïques sont en culture»

Article original - Publication : 02/12/2016 - imprimer
Les serres photovoltaïques, des installations qui inquiètent tout autant qu’elles intéressent les agriculteurs du département.
Les serres photovoltaïques, des installations qui inquiètent tout autant qu’elles intéressent les agriculteurs du département. PHOTO/Jordan Harry

Entre projet industriel et destination agricole, les implantations de serres équipées de toitures solaires font couler beaucoup d’encre. La Chambre d’agriculture veut remettre de l’ordre dans cette confusion générale.

La poule aux œufs d’or d’une agriculture en difficulté est tombée du ciel. Depuis quelques années, des producteurs d’énergie photovoltaïque indépendants ont en effet trouvé un marché à conquérir, celui des serres agricoles. Des opérateurs avec des arguments de poids dans les valises quand ils frappent à la porte des agriculteurs à qui ils proposent d’acheter leur terrain près de 20 000 euros l’hectare. Mais seulement après que le propriétaire a obtenu le permis de construire pour des serres à toit photovoltaïque.

La condition obligatoire avant toute signature. Il n’en fallait pas plus pour gripper un système, certes fort lucratif, mais très vite tombé sous le coup de nombreuses dérives.Avec des opérateurs parfois peu scrupuleux à l’égard de la destination agricole de certaines réalisations.Les exemples sont néanmoins très nombreux. Trop, selon Michel Guallar, le président de la chambre d’agriculture des P.-O.

Un président qui n’a jamais caché sa défiance vis-à-vis de plusieurs serres sorties de terre, comme celles de La Canterrane ou celles de Torreilles. Mais le président ne ferme pas totalement la porte à ce mariage entre l’agriculture et la production d’énergie renouvelable.

Conscient des limites comme des opportunités que ces installations peuvent créer, Michel Guallar a proposé aux services de l’État d’établir une charte pour mieux réguler le secteur. « L’objectif est de réglementer le développement des serres. En respectant la charte et en sanctionnant ceux qui ne s’y conforment pas. Avec comme exigence essentielle, la destination agricole des installations. Il faut que l’agriculture ne soit pas un argument mais l’élément majeur du projet. S’il n’y a pas de production représentative, cela devient dès lors un projet industriel et nous nous y opposerons. C’est ce que nous faisons déjà en dénonçant ceux qui utilisent l’agriculture pour faire de l’électricité. Dans ces cas-là, il faudra que l’État reconsidère la nature d’un projet qui n’est plus agricole. C’est pourquoi, cette charte est importante. Car les opérateurs prospectent à tout bout de champs. Et on se rend bien compte désormais des limites de ce système. De toute façon, tant que la charte ne sera pas en vigueur, nous ne donnerons pas d’avis favorable sur les projets en cours », souligne Michel Guallar. Un discours sévère mais pas fermé. 

Malgré l’ambiguïté du système. « Parce que je suis persuadé que c’est une opportunité, j’en suis convaincu. On sait que l’agriculture va mal. Et si un exploitant peut trouver un revenu supplémentaire, cela ne peut qu’être positif pour conforter son activité. Mais si l’agriculteur sort du système, alors là non. Je suis d’ailleurs plutôt favorable à un fonctionnement où l’agriculteur participe à l’investissement. Ou qu’il ne vende pas ses terres mais qu’il loue les serres à des opérateurs pour récupérer un revenu comme le fait Philippe Maydat à Maureillas. C’est plus logique », poursuit-il.

Pas question donc pour Michel Guallar de tuer la poule aux œufs d’or. D’autant plus que l’élevage d’ovins pourrait très bien devenir une activité parfaitement adaptée aux serres photovoltaïques. C’est en tout cas une solution trouvée à Torreilles où sous les serres solaires laissées inexploitées depuis leur branchement, un éleveur de volailles de Saint-Estève va s’y installer prochainement après quelques aménagements. Des poulaillers solaires ? Pourquoi pas.

Torremilla : les riverains fulminent

Depuis qu’ils ont découvert le permis de construire, ils ne décolèrent pas. Au nord de Perpignan, un combat se déroule désormais entre l’agriculteur Francis Vila, devenu un promoteur actif sur le marché de serres solaires, et une dizaine de riverains du chemin de Torremilla.

Des habitants qui ne veulent pas voir sous leurs fenêtres des serres photovoltaïques s’élever à la place des vignes. Et qui le font savoir en alertant le préfet et le président de la chambre d’agriculture. « Le permis de construire a été positionné de manière à n’être vu d’aucun des habitants de notre secteur, nous possédons un constat d’huissier qui l’atteste. De plus, nous allons nous retrouver avec des installations de près de 5mètres de haut devant nous. Et le pire, c’est qu’il s’agit d’un simulacre de production agricole, un alibi qui n’a qu’un but : produire de l’électricité. On le constate en regardant ce qu’il se passe sous les serres qu’il a déjà construites à proximité », dénonce Gérard Sanchez , l’un des opposants.

Des accusations que réfute en bloc Francis Vila. « Tout d’abord, sur la question de l’impact sur le paysage, j’ai proposé plusieurs solutions aux riverains. Je me suis engagé à investir près de 40 000 euros pour planter une haie qui cacherait les serres. Mais ils ne veulent rien. Que voulez-vous que je fasse ? Eh bien je vais planter cinq essences d’arbres différentes en leur demandant de choisir ce qu’ils préfèrent, voilà tout. Mais cela n’empêchera pas qu’ils attaquent les permis. Sur le sujet des cultures, c’est entièrement faux. On ne peut pas planter immédiatement sous les serres. Il faut préparer la terre. Il faut faire des essais, notamment pour le bio. À Torremilla, six serres sont pour l’instant en production mais le reste suivra. Et à la Canterrane, c’est pareil », insiste Francis Vila.

Source : www.lindependant.fr

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