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Le photovoltaïque, pas rentable à grande échelle

Article original - Publication : 05/12/2016 - imprimer
Bertrand Meldem devant son exploitation où sont installés des panneaux solaires depuis deux ans.

Bertrand Meldem devant son exploitation où sont installés des panneaux solaires depuis deux ans. Image: PATRICK MARTIN

Créée en 1994, Eco Energie Etoy (EEE) est à nouveau contrainte de réorienter ses activités. Exit les grandes installations photovoltaïques, la coopérative agricole basée à Lully se concentre désormais sur des structures solaires plus petites. En 2013 déjà, l’introduction de la taxe fédérale sur les biocarburants l’avait forcée à mettre fin à sa production de biodiesel de colza, devenue impossible à rentabiliser. Malgré tout, son président, Bertrand Meldem, n’a rien perdu de son enthousiasme.

Qu’est-ce qui amène aujourd’hui EEE à se reconvertir?

Nous louions des toits agricoles pour y mettre en place des grandes structures de panneaux solaires, afin de revendre l’électricité produite aux gestionnaires de réseaux de distribution. Depuis 2013, nous avons créé huit grandes stations de la sorte, sur 8800 m2 de toitures, qui permettent d’alimenter environ 300 ménages, soit 900 personnes. A l’époque, le prix de revente ainsi que la RPC (ndlr: rétribution à prix coûtant) donnée par la Confédération étaient bien plus élevés. En 2010, l’Etat reversait 51,5 ct. par kilowattheure. Au­jour­d’hui, la RPC s’élève plus ou moins à 16 ct. Nous étions rentables jusqu’à 20 à 22 ct. minimum. Nous avons donc momentanément suspendu l’installation de ces grandes structures, le temps que les tarifs remontent.

Qu’est-ce que cela signifie pour les coopérateurs?

Ce que nous leur proposons dés­ormais est un devis complet afin d’acquérir une petite installation d’autoconsommation qui permet de bénéficier des RU (ndlr: rétributions uniques). Notre grande force est de prendre en charge tout le processus, des demandes à la Confédération au raccordement au réseau électrique, en passant par toute la paperasse, et de proposer le matériel à un prix concurrentiel puisque nous l’ache­tons en gros. Plus important encore, nous étudions la consommation de la structure agricole du coopérateur intéressé pour évaluer le nombre de kilowattheures dont il aurait besoin. Ce n’est qu’à partir de 40% d’auto­consommation que cela devient rentable pour lui. L’électricité solaire qu’il produit lui revient moins cher que les 22 ct. par kilowattheure du réseau et la revente à 8 ct. le kilowattheure de ceux produits en plus complète l’économie réalisée. Personnellement, j’ai une installation de 16 kW depuis plus de deux ans qui me fournit plus de 50% de l’autoconsommation de mon exploitation. Et ça marche vraiment du tonnerre. Elle sera amortie d’ici douze à quinze ans et peut durer jusqu’à trente ans.

Ce nouveau virage a-t-il engendré des restructurations?

Il a fallu digérer la situation et pour cela diminuer de deux tiers nos plus grosses charges, soit le personnel. Avec de plus petites installations, nous avons besoin de moins de ressources humaines. Notre chef de projet est embauché à 40% au lieu de 80%, nous n’avons plus de directeur mais une responsable administrative à 25%. Nous dépendons vraiment des décisions politiques. Mais si elles vont dans le bon sens, nous pourrions recommencer à installer des grandes structures. Les toits des bâtiments agricoles de nos 750 membres représentent un potentiel de 400'000 m2 de panneaux photovoltaïques qui pourraient fournir de l’électricité à 15'000 ménages, soit l’équivalent du tiers de la ville de Lausanne.

Avez-vous pensé devoir mettre la clé sous la porte?

Non, ce n’est pas une option. Nous avons un comité de jeunes dynamiques à qui je céderai la main en juin prochain. Nous travaillons avec des coopérateurs qui ont toujours eu confiance en notre stratégie pour l’avenir. Notre garantie est de pouvoir, au pire, vendre ces grandes installations qui intéressent du monde. Notre objectif est de proposer aux agriculteurs une offre écologique qui soit rentable pour eux. (TDG)

(Créé: 28.11.2016, 20h10)
Source : www.tdg.ch

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