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Paysans tombés dans les panneaux

Article original - Publication : 10/11/2016 - imprimer
Les agriculteurs qui ont misé sur une énergie renouvelable ont la sensation de s'être faits avoir. La montée au créneau du président de la Chambre jurassienne d'agriculture, Michel Darbellay, vient soutenir leurs revendications.

Les agriculteurs qui ont misé sur une énergie renouvelable ont la sensation de s'être faits avoir. La montée au créneau du président de la Chambre jurassienne d'agriculture, Michel Darbellay, vient soutenir leurs revendications. Image: JUERGEN WIESLER/imageBROKER/Keystone

Ce qui indigne le monde paysan jurassien, ce n’est pas le prix du lait, mais celui de l’électricité. La faute au groupe bernois BKW, qui ne paiera le courant solaire que 4 ct. le kWh à partir du 1er janvier prochain, contre 11 ct. aujourd’hui. «Motivé par le courant propre, on s’est engagés pour la sortie du nucléaire, mais on s’est fait avoir propre en ordre!» s’emporte Nicolas Pape, agriculteur à Pleigne (JU), dans un langage plus fleuri.

L’an dernier, Nicolas Pape a investi 120 000 francs dans 450 m2 de panneaux photovoltaïques installés sur son hangar agricole. Le courant produit n’étant pas garanti d’origine par les BKW qui sont à saturation, il tablait sur 5,5 ct. le kWh, mais aussi, dans un délai de deux ans, sur la rétribution à prix coûtant (RPC).

Ses calculs ont été refaits: «L’investissement sera remboursé dans 70 ans», dit-il, sachant que ses panneaux sont garantis 25 ans.

Des «énergiculteurs»

Les agriculteurs qui font le saut d’une production durable, le président de la Chambre jurassienne d’agriculture, Michel Darbellay, les nomme des «énergiculteurs». «Tous les privés sont touchés par la baisse du tarif, mais comme les industriels, les agriculteurs trinquent d’autant plus que leurs toitures sont grandes», dit-il.

Le mécontentement est tel qu’à l’espace agricole de la Foire du Jura, Michel Darbellay a symboliquement «tiré la prise» en signe de protestation, jeudi dernier. Un black-out de quelques minutes qui a attiré l’attention du public sur ce que le représentant des paysans appelle le «dumping des énergies vertes».

Captifs du marché

Baisser les tarifs: une décision à contre-courant? C’est l’avis de Michel Darbellay, selon qui, «producteurs et consommateurs sont totalement captifs du marché de l’électricité». Pourquoi? «Les producteurs d’énergies renouvelables sur liste d’attente sont non seulement pas sûrs de recevoir un jour la fameuse rétribution à prix coûtant (RPC), mais en plus le tarif obtenu se situera largement en dessous des coûts de production», s’indigne-t-il.

Une décision de la Commission fédérale de l’électricité (ElCom) légitime le tarif pratiqué par les BKW. Le calcul qui fâche les agriculteurs est résumé ainsi: «Le producteur fournira son courant pour 4 ct./kWh alors qu’il devra payer 7,95 ou 11,5 ct. pour chaque kWh consommé, un tarif qui passe à 14,5 et 18 centimes selon les heures en énergie verte.»

«Les consommateurs sont des vaches à lait», s’indigne Michel Darbellay. Parce qu’il n’a pas le droit de revendre son courant à son voisin, Nicolas Pape cherchera à le stocker ou à le consommer en direct, ce qui n’est pas évident pour un paysan, la traite du matin ne pouvant pas être reportée à midi.

«Tant que l’on ne débranchera pas les centrales nucléaires, les énergies renouvelables se limiteront à donner bonne conscience», conclut Michel Darbellay. Les Verts jurassiens sont eux aussi scandalisés par une logique financière «qui rendra difficile la transition énergétique voulue par les autorités jurassiennes et soutenue par la population». (Le Matin)

(Créé: 24.10.2016, 12h04)
Source : www.lematin.ch

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