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Centrale solaire et citoyenne

Article original - Publication : 13/10/2016 - imprimer

Une installation photovoltaïque a vu le jour il y a quelques années à Soulce et Undervelier, deux villages jurassiens réunis depuis 2013 au sein de la commune de Haute-Sorne. Elle est le fruit d’une démarche participative novatrice exemplaire.

Au cours de leurs pérégrinations écologiques, Mélanie Laurent et Cyril Dion – les réalisateurs du film Demain – auraient pu s’arrêter dans le canton du Jura, plus précisément à Haute-Sorne, où des citoyens ont lancé, il y a déjà plus de huit ans de cela, une initiative exemplaire et reproductible: la création d’une centrale photovoltaïque de 200 m2 financée en majorité par des particuliers.

«Notre projet était un peu précurseur à l’époque, c’est vrai!

Depuis, on rencontre d’ailleurs régulièrement des gens et des représentants de collectivités publiques qui veulent s’en inspirer»,
Arnaud Brahier, secrétaire de l’association Photovolpotat.

sourit Arnaud Brahier, le secrétaire de l’association Photovolpotat (un jeu de mots avec le ruisseau local, Le Folpotat) qui exploite cette installation. Tout a commencé en 2008, alors que les habitants de ces deux villages menaient ensemble des actions de valorisation du paysage… «Oui, c’est dans ce cadre-là que l’idée de s’engager dans la voie des énergies renouvelables a émergé et quelques personnes motivées ont formé un petit groupe de réflexion.»

Après avoir étudié plusieurs pistes, dont une consacrée à la mise en place d’une roue à aubes, elles se sont finalement focalisées sur le photovoltaïque. Sujet brûlant d’actualité à ce moment-là puisqu’un administré de Soulce venait justement de se voir interdire la pose de panneaux solaires sur son toit par la protection du patrimoine. «Soulce est un site rural classé d’importance nationale, d’où ce refus. Arnaud Brahier poursuit:

Très vite, nous nous sommes orientés vers une solution de centrale clés en main qui permettait à tous – locataires, propriétaires, municipalités, etc. – d’investir dans la production de courant vert sans se casser la tête.»

Le concept était simple comme bonjour: les particuliers acquièrent des parts pour financer l’installation, ils sont remboursés par annuités sur une période de vingt ans et touchent un «susucre» sous la forme d’un intérêt annuel de 1,5%.

Evidemment, il fallait également dégoter un emplacement idéal pour accueillir les panneaux photovoltaïques (ces derniers trouveront leur place sur le toit d’un rural situé sur le territoire d’Under- velier, et donc hors de la zone protégée), ainsi qu’une entreprise prête à racheter l’énergie produite à cet endroit.

Nous avons pu finaliser un intéressant partenariat ville-campagne avec les services industriels de Zurich (EWZ) qui paient notre électri­cité via leur bourse solaire.»

Restait encore à convaincre les futurs investisseurs! «On a organisé une séance publique afin de présenter le modèle d’association que l’on voulait monter ainsi que le fonctionnement de notre système. Dans la salle, il y avait un banquier bien connu dans la région qui nous a posé une salve de questions. Et à la fin, il a simplement dit: «Ah, si c’est comme ça, je mets de l’argent!» Du coup, ça a convaincu l’assistance du sérieux de notre démarche.»

Une levée de fonds qui témoigne d’une perception positive

La récolte de fonds a du reste été plutôt fructueuse avec, au final, une vingtaine de citoyens qui se sont regroupés pour financer l’installation à hauteur de 50 000 francs. Quant au solde, soit 30 000 francs, il a été versé par les deux bourgs concernés.

Nous avons été surpris qu’un si grand nombre de personnes jouent le jeu,

nous ne pensions pas trouver autant d’argent au sein d'une si petite communauté (ensemble, les deux localités comptent à peine plus de 500 âmes, ndlr), ça montre bien qu’il y a un terreau favorable et une dynamique formidable dans ces villages.»

Barbara et Daniel Burkhalter ont loué le toit de leur rural excentré et permis ainsi l’exploitation d’une centrale photovoltaïque en accord avec les exigences de la protection du patrimoine.

Raccordée au secteur depuis janvier 2013, la centrale se trouve à un jet de pierre de Soulce et d’Undervelier, à Mont- Dedos, sur le pan sud du toit d’un rural qui domine les gorges du Pichoux. «C’est un coin perdu, mais dans le bon sens du terme», rigolent Barbara et Daniel Burkhalter, les propriétaires du lieu. Leurs trois chiens confirment d’un frétillement de queue.

En tant qu’agriculteurs bio, les questions d’environnement nous préoccupent depuis longtemps et c’était logique de nous associer à une telle réalisation.

Notre motivation première, c’est de contribuer à produire de l’énergie renouvelable. La location de notre toiture, c’est un plus aussi bien entendu...» Là-haut sur la montagne du Perceux, à pratiquement 1000 mètres d’altitude, l’installation bénéficie d’un ensoleillement optimal, même durant la mauvaise saison. De quoi assurer une production annuelle d’environ 32 000 kWh, soit l'équivalent de la consommation de huit ménages.

Pas étonnant donc que cette idée verte et mûre fasse des petits! «Avant d’arriver chez nous, vous avez vu ces ouvriers poser des panneaux photovoltaïques sur le toit d’une ferme? C’est le projet de la commune voisine du Petit-Val qui se concrétise.»

Même s’il espérait que le modèle de l’association Photovolpotat soit davantage copié, Arnaud Brahier tire un bilan positif de l’expérience:

Tous ces projets comme le nôtre ont fait bouger les villes et villages,

les ont incités à mettre sur pied des modèles de financement citoyen, ça va dans le bon sens… »

Texte: © Migros Magazine | Alain Portner

Publié dans l'édition MM 41
10 octobre 2016

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Pour en savoir plus

Du nouveau sous le soleil

La pose des panneaux photovoltaïques de la première centrale solaire citoyenne du canton de Fribourg devrait démarrer cet automne. C’est le bâtiment de Sinef SA à Givisiez (cette entreprise, née des cendres des services industriels de la ville de Fribourg, loue son toit à cet effet) qui sert d’écrin à cette installation de 1000 m2 financée à 100% par des particuliers.

A l’origine de cette initiative,
la coopérative Optimasolar Fribourg a trouvé en moins de deux mois les 230 000 francs nécessaires à la construction. Et elle ne compte pas en rester là, puisque la souscription de parts sociales (valeur nominale: 1000 francs l’unité) demeure ouverte dans l’idée de concrétiser d’autres projets ailleurs dans le canton.

Le but visé est de permettre aux citoyens, entreprises, collectivités publiques… de contribuer à la production de courant vert et de participer à la transition énergétique voulue par la Confédération.

La première coopérative Optimasolar a vu le jour à Soleure fin mai 2011, peu après
l’accident nucléaire de Fukushima au Japon. Depuis, elle a essaimé dans les cantons de Berne, Argovie et Fribourg. Aujourd’hui, la Fédération suisse, qui les chapeaute, compte près de 1000 membres et les 22 installations photovoltaïques exploitées actuellement produisent annuellement un peu plus de 1,6 GWh (soit ce que consomment 400 ménages).

Source : www.migrosmagazine.ch

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