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Elle rêve d’une capitale de l'architecture solaire

Article original - Publication : 02/09/2016 - imprimer

Laure-Emmanuelle Perret-Aebi, 40 ans, nourrit une passion communicative pour le solaire. Docteure en chimie, elle est responsable des technologies du module au sein de la division photovoltaïque du CSEM (Centre suisse d’électronique et de microtechnique). Sa spécialité, c’est l’intégration des technologies solaires dans le bâtiment.

Elle a notamment contribué au développement de panneaux solaires colorés et blancs, présentés en première mondiale par le CSEM en 2014.

Tout en se consacrant au transfert de cette technologie vers une production industrielle, elle bataille sur plusieurs fronts pour convaincre que la production d’énergie solaire peut désormais s’accorder avec les exigences esthétiques et économiques de la construction.

Et pour le démontrer, Laure-Emmanuelle Perret-Aebi ambitionne de tailler pour Neuchâtel un rôle à la mesure du vécu industriel de la ville et de son inclination pour les énergies vertes.

Où en est le développement des panneaux solaires colorés et blancs?

Nous travaillons avec l’entreprise Solaxess, créée pour commercialiser le film qui se dépose sur un panneau standard afin de lui donner la couleur souhaitée. C’est un travail en cours. Grâce à un financement de la CTI, l’agence fédérale de financement de l’innovation, nous aidons Solaxess à relever de nombreux défis de coûts, de vitesse de production ou de fiabilité. A chaque test, il faut adapter la production en vue d’arriver à un produit commercialisable.

Aux cotés de ces développements, il existe aujourd’hui de nombreuses manières d’intégrer la production solaire à la construction à des coûts économiquement supportables.

Pourra-t-on bientôt en voir le résultat sur des bâtiments de Neuchâtel?

Nous voulons créer un parcours urbain, au cours duquel sont exposées les différentes possibilités d’intégrer la production d’énergie photovoltaïque dans les constructions.

Cet espace de démonstration grandeur nature doit permettre aux architectes, aux constructeurs et au grand public de prendre connaissance des différentes solutions disponibles. L’objectif, c’est de montrer qu’on a dépassé la période où ceux qui veulent produire du solaire doivent se contenter de cellules noires pas très faciles à imposer dans le paysage. Le photovoltaïque peut être beau, efficace et accessible.

Les recherches du CSEM en matière d’intégration du solaire dans la construction et l’élan politique en faveur des énergies renouvelables à Neuchâtel créent les conditions idéales pour ce projet.

Comment pourrait-il se concrétiser?

Nous souhaitons le réaliser dans le quartier de la Maladière. Nous avons identifié plusieurs bâtiments susceptibles d’accueillir ces technologies dans le cadre de rénovations: faculté des Lettres, station d’épuration, patinoire, hangars du Nid-du-Crô, CPLN, UniMail.

Des points de vue et un parcours didactique basé sur une communication innovante permettront d’apporter des explications sur les différentes techniques. Une telle réalisation a pour but de montrer que les premiers pas, qui font si peur, sont déjà faits!

Nous sommes sur le point de boucler une étude de faisabilité soutenue par Suisse Energie. Elle permettra d’appuyer une demande de financement à l’Office fédéral de l’énergie, qui consacre des fonds à des projets pilotes et de démonstrations. Ensuite, chaque projet de façade devra faire l’objet d’un financement propre.

Des travaux sont-ils déjà planifiés?

Non. Des lettres d’intentions confirment l’intérêt des autorités et des acteurs concernés. Nous devrons ensuite convaincre les propriétaires et les responsables des travaux de l’intérêt d’installations solaires en trouvant des solutions au cas par cas.

On ne va pas refaire une façade neuve avec du solaire, ni en installer s’il n’est pas établi que le projet a un sens économiquement.

Lors du vote pour réparer la façade du bâtiment UniMail, le Grand Conseil a ajouté un financement pour le photovoltaïque...

Oui. Dans ce cas, nous avons un rôle de conseil auprès du canton et sommes en discussion avec l’architecte cantonal. Ce que nous souhaiterions, et c’est une vision que le canton semble partager, c’est que l’installation photovoltaïque ait un rapport avec ce qui est développé dans le quartier, ou en tout cas avec des technologies suisses...

Beaucoup de panneaux solaires sont fabriqués en Asie à bas coûts. Pourquoi vouloir les produire en Suisse?

L’intégration du solaire dans la construction est une démarche très différente de la pose sur un toit plat de panneaux noirs standards produits en série. Il s’agit de créer des «façades actives» pour lesquelles un module solaire est envisagé comme un matériau de construction. Ce qui compte, c’est son coût au mètre carré, et plus tellement sa production en watts, qui est en quelque sorte un bonus. C’est pourquoi il est surtout question de travail sur mesure, à petite échelle.

Existe-t-il des entreprises de la région pour réaliser de tels travaux?

Le solaire dans la construction reste pour l’instant un marché de niche. Pour les modules terra cotta en silicium cristallin (photo), nous travaillons avec l’entreprise belge Issol, qui a déjà installé des façades actives, notamment dans le quartier de la Défense à Paris.

Nous sommes en train de planifier la création de la branche suisse de cette entreprise, afin de mettre à disposition des constructeurs ces façades qui produisent de l’électricité.

Mon rêve, c’est de développer ce marché au niveau local, en fabriquant ces nouveaux éléments de construction actifs, grâce aux compétences uniques que nous avons à Neuchâtel dans le domaine, mais aussi grâce aux diverses entreprises liées aux métiers du bâtiment, couvreurs, ferblantiers et verriers, ainsi que sur les liens forts que nous avons avec nos partenaires industriels. Ce développement aurait d’autant plus de sens si les architectes pouvaient venir à Neuchâtel constater d’eux-mêmes les possibilités que ça offre.

L’industrie neuchâteloise est tournée vers l’horlogerie et les microtechniques. Le solaire ne semble pas s’inscrire dans cette tradition...

Au contraire! Le savoir-faire neuchâtelois en matière de photovoltaïque a son histoire ancrée dans les microtechniques.

Le développement et la production d’équipements de haute précision comme ceux utilisés pour la fabrication des cellules solaires, ainsi que tous les procédés de dépôts des couches de matériaux nécessaires pour obtenir une cellule photovoltaïque, sont aussi basés sur des compétences dans le domaine des microtechniques.

Les panneaux solaires ne sont certes pas des objets de microtechnique en tant que tels. En revanche, les matériaux, les savoir-faire et les machines qu’il faut maîtriser pour les fabriquer se retrouvent dans l’industrie locale. Et je crois que la précision fait un peu partie de la culture neuchâteloise.

Quelle place pour les technologies?

Laure-Emmanuelle Perret-Aebi est aussi, depuis deux ans, experte du domaine micro- et nanotechnologies auprès de la CTI (Commission pour la technologie et l’innovation).

En quoi consiste votre travail à la CTI?

L’objectif de la commission est de soutenir les PME, qui ne peuvent pas investir dans des structures de recherche et développement, à amener de l’innovation, développer de nouveaux produits. Ces financements permettent de collaborer avec un partenaire de recherche: université, haute école, ou une institution comme le CSEM, dédiée au transfert de technologie.

La commission statue chaque mois sur les demandes de financement de projets qui lui sont soumises. Je donne un préavis sur les demandes dans mon domaine, et la commission dans son ensemble en débat avant de trancher.

Que signifie innover, pour les entreprises?

Ce n’est pas simple d’amener des choses très nouvelles. Ça ne se fait pas en une heure sur un coin de table, il ne faut donc pas être trop préoccupé par des considérations économiques. On dit toujours aux entreprises qu’elles doivent innover, mais elles doivent surtout produire, et vendre. Innover demande donc des ressources, pour parvenir à sortir du cadre dans lequel se conduit l’activité de l’entreprise.

C’est un état d’esprit, qui demande d’être libre, sans trop de pression de temps et de budget. Innover, c’est aussi accepter de prendre un risque, de faire autrement, de sortir des chemins habituels.

C’est avoir une vision à long terme de la société de demain et du rôle qu’y tiendront les technologies que nous développons, ou de la place que nous voulons leur donner.

Source : www.arcinfo.ch

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