Régime sec pour SunPower. Le fabricant américain de panneaux solaires, dont Total est l'actionnaire majoritaire, a annoncé mardi la suppression de 1.200 emplois, soit environ 15% de ses effectifs. La société a aussi revu ses prévisions à la baisse. Elle n'espère plus dégager des profits cette année et table sur une perte de 100 à 200 millions de dollars en 2017. Une annonce qui a fait chuter le titre, en séance, de 30,62 % en Bourse.

Dans le même temps, le deuxième fabricant américain de panneaux solaires après First Solar a publié une perte de 70 millions de dollars au deuxième trimestre, après avoir dégagé un bénéfice de 6,5 millions de dollars à la même période il y a un an. Les revenus issus de la vente de ses centrales photovoltaïques ont reculé de plus de 12%. L'entreprise a décidé de « dégraisser » ce segment en fermant son usine d'assemblage de panneaux aux Philippines, une décision qui explique la plupart des suppressions d'emplois. Elle compte « transférer ses investissements vers les installations de plus petite capacité », maisons ou locaux commerciaux, le lancement récent de deux produits dans ce domaine ayant obtenu de bons résultats, et se « recentrer sur ses marchés clefs, principalement le continent américain », indique l'entreprise.

Une bonne nouvelle pénalisante

SunPower souffre paradoxalement d'une bonne nouvelle pour le secteur : la prolongation pour cinq ans du niveau actuel (30%) des crédits d'impôts sur les panneaux solaires, votée par le Congrès américain en décembre dernier. « Si l'extension est bénéfique pour la santé de l'industrie sur le long terme, elle a réduit l'urgence de compléter les nouveaux projets solaires d'ici à la fin de l'année », explique Tom Werner, le PDG de la société, dans un communiqué.

Entrée sur le marché de nouveaux acteurs

SunPower dit aussi avoir souffert de l'entrée sur le marché de nouveaux acteurs proposant « des prix agressifs » pour les contrats d'achat d'énergie à long terme. Ils permettent à des entreprises comme Google ou Walmart de s'engager à acheter sur une vingtaine d'années une certaine quantité d'énergie pour un prix inférieur au marché, facilitant ainsi le financement de la centrale photovoltaïque pour le fabricant. « Il s'agit notamment de l'italien Enel au Mexique et au Péru et de certains fabricants chinois (Phono Solar, ET Solar etc.) qui ont ouvert des branches aux Etats-Unis et sont très compétitifs dans la guerre des prix », explique Jenny Chase, spécialiste de l'énergie solaire chez Bloomberg New Energy Finance.

Les prévisions globales du marché restent néanmoins positives - l'agence Bloomberg New Energy Finance estime que les installations photovoltaïques vont encore augmenter de 25% en 2016, pour atteindre 9,6 gigawatts (GW) puis 10,9 GW en 2021. Mais le secteur connaît une phase difficile. L'un des principaux acteurs du marché, SunEdison, a déposé le bilan en avril, une faillite qui a des impacts négatifs sur le spécialiste des panneaux solaires pour particuliers Vivint, avec qui il souhaitait fusionner. Le numéro un dans ce domaine, SolarCity, fait, lui, l'objet d'une offre de rachat par Tesla, qui a récemment revu son prix à la baisse.

Anaïs Moutot

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