Suivez Recevoir par email
logo actualite photovoltaique
Mot-clefs associés

Comment l'Inde a misé sur l'énergie photovoltaïque

Par : L'Usine Nouvelle - Article original - Publication : 27/11/2015 - imprimer

L’Inde a créé la surprise cette année avec ses objectifs très ambitieux dans le domaine du photovoltaïque. Compétitive, cette énergie s’impose pour électrifier le pays et nourrir sa croissance.


Face à de forts besoins en énergie, l'Inde a choisi les parcs solaires. (Photo : Manuel Moragues)

Les grues demoiselles prennent leur envol. Délaissant la terre aride du désert du Thar, elles se découpent sur le soleil couchant. Une belle carte postale, s’il n’y avait les lignes électriques qui quadrillent le paysage. Dans cette partie du Rajasthan, proche du Pakistan, dans le nord-ouest de l’Inde, les poteaux électriques se plantent à la chaîne. En écho à la multiplication des parcs photovoltaïques dont ils transportent la production. Gaurav Sood, le directeur de Solairedirect India, appelle cette région la "Sun Belt" et les 39 °C qui y règnent en ce début octobre appuient son propos. À l’image de l’Inde, le Rajasthan, pauvre mais regorgeant de soleil, s’est rué sur le photovoltaïque. Il est devenu en 2015 le premier État indien en termes de capacités installées, avec plus de 2 700 mégawatts (MW).

Sur les terres du village de Bap, au nord de Phalodi, une piste hantée par des vaches de réforme mène au parc solaire de Pokaran. Il ne paye pas de mine avec la cahute de bric et de broc qui fait office de poste d’entrée. En juin 2013, pourtant, ce petit parc – 5 MW – a été inauguré par le ministre indien des Nouvelles Énergies. Et pour cause : Solairedirect, une PME française rachetée depuis par Engie, avait frappé les esprits en décembre 2011. Il avait proposé, avec son projet Pokaran, un prix de l’électricité record, le plus bas de tous les candidats au second lot du premier appel d’offres national pour le solaire : 7,40 roupies le kilowattheure (environ 11 cents). "Solairedirect a fait l’histoire aujourd’hui […], rapprochant l’électricité solaire de la portée de l’homme ordinaire", avait alors écrit le quotidien "The Hindu".

Pour ses premiers pas dans le solaire, l’Inde a profité de la chute des prix des panneaux. Les 7,40 roupies de Solaire­direct faisaient suite aux 10,95 à 12,75 roupies du premier lot, à peine un an plus tôt. Grâce à des appels d’offres transparents où le seul critère est le prix, l’Inde a accéléré la course à la compétitivité. Cet été, le seuil de 5 roupies (7 cents) a presque été atteint. Et "l’objectif est d’arriver rapidement à 4 roupies", avance Thierry Lepercq, le président de Solairedirect. Moins que le prix de l’électricité des nouvelles centrales à charbon. Cette compétitivité nouvelle du solaire a fait basculer l’Inde, qui ne peut s’offrir des technologies trop chères. Alors que depuis 2010 le pays visait 20 gigawatts (GW) d’installations en 2022, le Premier ministre, Narendra Modi, a, en février, quintuplé cet objectif à 100 GW ! Largement devant l’éolien et ses 60 GW visés, alors que 24 GW d’éolien sont déjà installés contre à peine 5 GW de solaire. Si l’Inde s’affiche en pasionaria du solaire, il ne faut pas s’y tromper : elle ne verdit pas son énergie seulement pour être vertueuse.

Un besoin pressant d’accès à l’électricité

Installé à New Delhi et réputé avoir l’oreille de ­Narendra Modi sur les questions énergétiques, Arunabha Ghosh est à la tête du think tank Council on energy, environment and water (CEEW), qui compte le gratin de l’industrie indienne dans son conseil d’administration. Dont le PDG du groupe Avantha, lequel héberge le CEEW dans son siège de la rue Janpath. ­Entouré de trois jeunes et fringants spécialistes de l’énergie, ­Arunabha Ghosh remet d’emblée les renouvelables dans la perspective indienne : "C’est avant tout la question de l’accès de la population à l’énergie qui domine la transition énergétique en Inde. Tout le reste, y compris le climat, passe après. Nous sommes une démocratie." Près de 300 millions d’Indiens n’ont pas l’électricité. Soit ils ne sont pas connectés au réseau, soit ils n’ont pas les moyens de la payer. Et même à Delhi, les coupures sont plus que fréquentes. "L’électricité pour tous est une vieille promesse, reprend Arunabha Ghosh. Le système électrique centralisé avec ses centrales à charbon et ses lignes à haute tension ne nous a pas permis de la tenir. Il faut essayer toutes les alternatives possibles."

Les renouvelables, en particulier le solaire, permettent de disséminer des installations de petite taille au plus près des consommateurs. Et leur construction peut être très rapide : quelques mois pour un parc solaire. Un facteur clé pour une Inde qui court après sa démographie galopante – 19 millions d’habitants en plus chaque année !

Les 100 GW de solaire en 2022, François Richier y croit. Dans son bureau, à la sortie d’un séminaire sur la COP 21 qui a fait salle comble, l’ambassadeur de France explique sa conviction : "Ils ne sont pas en train de se contraindre à faire quelque chose qui les gêne, mais bien quelque chose dont ils ont besoin." Un besoin pressant : pas question de brider la croissance par un manque d’énergie, l’Inde entend tripler son PIB d’ici à 2030 ! Comment, alors que le charbon fournit quelque 70 % de l’électricité, ne pas multiplier d’autant les émissions de CO2 ? C’est là que le souci du climat rejoint celui de l’accès à l’énergie pour pousser les renouvelables : dans le cadre de la COP 21, l’Inde a indiqué qu’elle prévoyait de faire passer de 30 % à 40 % la part renouvelable de ses capacités de production d’électricité d’ici à 2030 alors que l’ensemble de ses capacités va croître de plus de 60 %, à environ 450 GW. Ce qui devrait lui permettre de s’engager à réduire de 33 % à 35 % l’intensité en émissions de CO2 de son PIB par rapport à 2005.

Figure de proue des énergies renouvelables

Ne renoncer ni à la croissance ni à l’industrialisation tout en limitant l’augmentation de ses émissions de CO2, c’est la voie étroite que l’Inde s’est tracée. Elle mise pour cela sur les renouvelables, solaire en tête, même si elle est loin d’abandonner le charbon. Narendra Modi veut faire de son pays la figure de proue d’un mouvement de fond. Il devrait lancer à la mi-novembre une "alliance globale pour le solaire des pays situés entre les tropiques du Cancer et du Capricorne", selon ses termes. Pour réussir, l’Inde a besoin d’un effet de masse pour faire baisser les prix du solaire et attirer des investissements. L’Inspa (International agency for solar policy & application) doit réunir quelque 107 pays. Son devenir, entre marché commun du solaire, plate-forme de financement ou espace de collaboration, reste à définir. Mais son siège sera probablement à Delhi. C’est en tout cas le souhait de Narendra Modi. Car l’Inde se veut la capitale mondiale du solaire. 

Source : www.usinenouvelle.com

Partagez
cet article

logo actualite photovoltaique
Mot-clefs associés