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Combien de panneaux solaires faut-il pour remplacer le nucléaire ?

Article original - Publication : 18/06/2015 - imprimer

Dans l’émission de France 3 “Le Monde d’Après” du 5 mars 2013, dont le titre était “Deux ans après Fukushima : l’énergie à quel prix ?”, l’économiste Julia Cagé a avancé quelques chiffres. A la question “combien faut-il de photovoltaïque ou d’éolien faut-il pour remplacer le parc nucléaire français ?”, l’économiste a répondu : 3 000 km² de panneaux photovoltaïques.

3 000 km² de panneaux photovoltaïques

Bien que le chiffre soit contestable, comme on le verra plus loin, attardons-nous tout-de-même sur ce chiffre, et sur la réaction qu’elle suscite chez la plupart :

Mais où va-t-on bien pouvoir installer
3 000 km² de panneaux photovoltaïques ?

Il est vrai qu’à la première écoute, on peut avoir le sentiment que ce chiffre est énorme. Et pourtant...

Si on installait ces panneaux photovoltaïques au sol, cela représenterait un peu moins que la surface du département du Rhône (3 249 km²). Pour nous, en Midi-Pyrénées, cela ferait l’arrondissement de Pamiers en Ariège (1 315 km²), et celui de Muret en Haute-Garonne (1 639 km²). En fait, 3 000 km², ça fait un carré de 55 km de côté. Est-ce vraiment si énorme ?

Evidemment, mon propos n’est pas de sacrifier deux arrondissements ou un département pour y installer les panneaux solaires, d'autant que je suis de ceux qui pensent qu'il fautinstaller les panneaux sur les bâtiments plutôt qu'au sol chaque fois que c'est possible. Mon propos consiste juste à donner une idée de ce que représentent 3 000 km². Pour être efficace, il faudrait répartir les panneaux photovoltaïques sur tout le territoire, au plus proche des lieux de consommation (ce qui évite de gaspiller 60% de l’électricité produite dans son seul transport...).

En France, la surface bâtie représente plus de 20 000 km². Il suffirait donc d’équiper 15% des toitures pour produire autant d’énergie que l’ensemble des réacteurs nucléaires français... N'a-t-on pas au moins 15% des toitures qui sont bien orientées ?

Et encore ! Ce calcul de 3 000 km² est contestable.

a) En effet, le parc nucléaire français a produit 429 TWh en 2010. 3 000 km² de photovoltaïque produiraient plus de 540 TWh : A Dunkerque, 1 kWc de photovoltaïque plein sud produit 1000 kWh, à Toulon 1430 kWh, soit 1215 kWh en moyenne pour la France. Il faut 6,64 m² de panneaux photovoltaïques pour 1 kWc. Donc 3 000 km², cela nous donne 450 millions de kWc et 548 TWh produits. Soit 25% de plus que ce que produit réellement le parc nucléaire français... Passons sur ce détail.

b) On peut aussi reprocher à ce calcul théorique de ne pas tenir compte de l’économie en énergie primaire représentée par le rapprochement des lieux de production et de consommation.... et de la capacité absolument unique du photovoltaique à produire directement de l'électricité sans faire tourner la moindre génératrice. Car avec une production (forcément) centralisée de type nucléaire, on doit produire 2,58 kWh d’énergie primaire à la centrale pour réussir à livrer 1 kWh d’énergie finale au consommateur... Quand la centrale électrique est sur le toit de la maison ou sur celui du voisin, on peut évidemment produire beaucoup moins (2,58 fois moins) d’énergie primaire pour obtenir la même quantité d’énergie finale.

En effet, les 429 TWh d’électricité produite en 2010 par le parc nucléaire français sont des TWh d’énergie finale. En énergie primaire, le parc nucléaire a en réalité produit 111,7 Mtep millions de tonnes équivalent pétrole en 2010, soit près de 1 300 TWH... dont seulement 429 ont pu être utilisés, le reste étant perdu en chaleur, un peu dans le transport mais essentiellement sous forme de vapeur puisqu'une centrale nucléaire n'est jamais, rappelons-le, qu'une grosse chaudière à vapeur...

5 000 km d’alignement d’éoliennes

Ouh la ! Ca fait énormément de kilomètres ça ! Plusieurs fois la distance Lille Marseille !?!

Sachant que la route qui relie Dunkerque à Toulon mesure seulement 1 140 km, on se dit de prime abord qu’il est impossible de remplacer le parc nucléaire par des éoliennes, faute de place.

Là encore, il faut pourtant remettre les choses en perspective. Le réseau haute tension 400 000 volts (et je ne parle pas du réseau de 225 kV, ni de celui de 150 kV, 90 kV ou 63 kV, qui eux aussi comptent dans le total “haute tension”) mesure... 13 208 km (source : RTE).

La totalité du réseau haute tension, toutes puissances confondues, mesure (lignes aériennes seulement, toujours selon RTE) : 77 544 km...

Bon, je ne suis pas spécialiste en matière d’éolien, mais même en imaginant que le calcul pour l’éolien soit plus juste que celui pour le solaire, ce dont je doute très fortement, ces 5 000 km d’éoliennes, paraissent-ils vraiment aussi énorme à vos yeux, maintenant ?

Bon, parlons sérieusement maintenant...

Il n’est évidemment pas question de prétendre remplacer la totalité du parc nucléaire uniquement avec l’éolien ou le solaire photovoltaïque. Cela n’aurait aucun sens !

La solution est bien sûr dans un mix énergétique complémentaire, où les sources d’énergie renouvelables se relaient les unes les autres quand l’une vient à manquer : solaire, éolien, biomasse, hydraulique...

Il ne s’agit pas non plus de vouloir continuer sur le mode de consommation actuel (chauffage électrique dans 60% des maisons, logements existants - particulièrement dans le collectif et encore plus dans le social - qu’on peut qualifier de véritables épaves thermiques, etc.). Avant toute chose, il faut réduire les consommations, ce qui ne signifie pas réduire votre confort, au contraire !

L’association negaWatt explique tout cela beaucoup mieux que moi dans son scenario Sobriété, efficacité, renouvelables.

Florence Rouch - 6 mars 2013

Source : www.rouchenergies.fr

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