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Le solaire inspire les pionniers de l’aviation du 21ème siècle

Par : Philippe Chetail - Article original - Publication : 06/04/2014 - imprimer

La traversée de l’Atlantique est dans l’histoire de l’aéronautique et dans l’imaginaire collectif une étape essentielle. Non seulement parce qu’il s’agit d’un exploit technique et humain extraordinaire, mais aussi parce que cette traversée dont on ne sait pas vraiment qui de Lindbergh ou Nungesser et Coli furent les premiers à la réaliser, ouvrit la voie des vols transocéaniques.

Si le grand saut sur les vastes étendues maritimes pour atteindre les Etats Unis en avion léger traditionnel revêt toujours, pour ceux qui le tentent des parfums de grande aventure, traverser l’Atlantique en ULM électrique d’Est en Ouest, sur les traces de l’Oiseau Blanc de Nungesser et Coli et d’Ouest en Est sur celles de Lindbergh, prend des airs de prouesse technologique et humaine singulière.

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l’Etlantic se prépare à la traversée de l’Atlantique, un défi consistant à relier le Bourget à Oskhosh grâce à l’énergie solaire
© AeroSkyLux

Ce sont ces vols que prépare en ce moment Jean Luc Soullier, ancien pilote de ligne, pilote de planeur, d’avion et d’hélicoptère, collectionneur d’appareils anciens et actuel détenteur du Record du monde de vitesse en aéroplane multiaxes en propulsion électrique, homologué en bonne et due forme par la Fédération Aéronautique Internationale (établi le 29 septembre 2012 à la vitesse de 189,87 km/h, à bord de sa “Luciole" MC 30 E).

Jean Luc Soullier est aidé dans ce projet par Roman Marcinowski, déjà créateur de nombreuses innovations en matière de nouvelles technologies au sein de la société AéroSkyLux qu’il anime à Gap, véritable laboratoire de recherche pour les énergies non polluantes. Cette société a notamment mis au point un “déturbulateur” qui fait baisser de 20 % la consommation énergétique des engins volants d’aujourd’hui ; ou encore ce logiciel développé en interne, capable d’enregistrer 80 paramètres de vol des avions en propulsion électrique.

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Caractéristiques techniques de l’Etlantic.
© AeroSkyLux

Leur ULM monoplace, conçu par Grégory Cole fort justement baptisé Etlantic, de 15 mètres d’envergure et 105 kilos de masse à vide, est fait de carbone, aluminium et titane. Sa vitesse de 180 km/h et ses 35 heures d’autonomie de vol lui permettront de couvrir la distance de 6000 km sans vent. L’énergie permettant d’alimenter le moteur Rotex de 15 Kw lui est fournie par 10m² de panneaux et cellules solaires qui alimentent des batteries Lithium Polymère (pour le vol 2014 vers les Etats Unis) et Lithium Thionyl Chloride (pour le vol des USA à La France un an plus tard).

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Le moteur Rotex de 15 Kw entraine une hélice triplale Arplast à pas variable.
© AeroSkyLux

Aérobuzz reviendra en temps opportun sur le vol reprenant la traversée New-York-Paris de Charles Lindbergh, prévu en Juin 2015 au moment du Salon du Bourget mais c’est dès le mois de Juillet prochain que la petite équipe qui s’active en ce moment sur le terrain de Vol à Voile de Saint-Auban, va vivre le premier épisode de cette épopée sur l’Atlantique, une traversée par étapes pour se rendre vers le salon de l’EAA « Air Venture » à Oshkosh, soit plus de 6000 km entre l’Europe et l’Amérique du Nord.

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Jean Luc Soullier à bord de l’Etlantic et Roman Marcinowski se préparent à la traversée de l’Atlantique sur la plateforme vélivole de Saint Auban.
© B. Tempestini

Le départ sera donné au Bourget le 1er Juillet prochain. L’Etlantic rejoindra ainsi Koksjyde d’un coup d’ailes avant de décoller à nouveau vers Kirwall, Keflavik, Narssassuaq, Goose Bay, Miquelon, le Canada et enfin Oshkosh, le but ultime de cette performance sans assistance, que ses acteurs comptent bien faire homologuer.

Cet exploit, soutenu par la FFPLUM, qui prend ses racines dans l’intelligence de l’innovation dont notre pays regorge, s’inscrit dans une tradition ancienne où le pilote est aussi ingénieur dans le cadre d’une petite structure souple et astucieuse aux moyens modestes, dirigée avec passion et rigueur. Il est aussi une autre occasion d’une formidable prise de conscience écologique, déjà révélée par les pionniers de Solar Impulse SOLAR IMPULSE Les pionniers suisses Bertrand Piccard (président) et André Borschberg CEO) sont les fondateurs, les pilotes et les forces vives de Solar Impulse, le premier avion capable de voler de jour comme de nuit sans carburant, ni émissions polluantes. . Mais cette prouesse sera surtout la démonstration que l’aviation électrique de loisir peut devenir très rapidement l’aviation de demain, propre, élégante, performante, peu bruyante, pour le plaisir de tous, à commencer par celui des pilotes.

Si le projet Etlantic marche sur les traces de l’Oiseau Blanc et du Spirit of St Louis, la mission SolarStratos « To the edge of space » a pour ambition, à l’horizon 2017, de flirter avec la stratosphère. Une initiative que ne renierait pas Richard Branson et Virgin Galactic.

Après avoir initié et réalisé le premier tour du monde avec un bateau solaire entre septembre 2010 et mai 2012 à bord du catamaran "MS Tûranor PlanetSolar", Raphaël Domjan, éco aventurier Suisse, va tenter lui aussi de dépasser ce qui a été réalisé jusqu’ici avec des énergies fossiles. C’est lors de la traversée de l’Atlantique à bord de PlanetSolar que l’idée de réaliser le vol mythique d’Icare et de s’approcher de l’espace grâce à l’énergie solaire lui est venue et a mûri. Aujourd’hui ce défi, prévu pour 2017 est lancé. Cette aventure permettra, une fois encore, de démontrer le potentiel des énergies renouvelables.

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Raphaël Domjan, éco-aventurier, prépare pour 2017 une nouvelle aventure solaire qui l’amènera à plus de 80 000 Ft à bord du premier avionsolaire biplace.
© M. Racine

Cette nouvelle écoaventure, surnommée Mission SolarStratos, est prévue à bord d’un avion solaire biplace, commercialisable, conçu et réalisé par Calin Gologan et la société Allemande PCAero GmbH. Cet avion solaire sera adapté en conséquence et poussé aux limites des possibilités techniques pour ce vol stratosphérique.

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Ce n’est encore qu’une maquette mais la première version de l’appareil, dont l’étude est en cours, sera construit dans les ateliers de Calin Gologan.
© M. Racine

L’avion solaire, long de 7.70 m, pour une envergure de 20 m, pèsera 350 kg. Les 20m2 de cellules solaires de l’avion sont prévues pour offrir une autonomie à ce biplace de plus de 24 heures à ce biplace, ce qui devrait permettre à Raphaël Domjan de réaliser son éco-aventure, puisqu’il faut compter environ 5 heures pour réaliser l’exploit de monter à 80’000 pieds (plus de 24 km), avant d’amorcer la descente.

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L’équipe de SolarStratos réunie autour de la maquette de l’appareil, en cours de réalisation chez PC-Aero GMBH.
© M. Racine

Pour relever ce défi, le pilote s’est entouré d’une équipe de spécialistes reconnus dans leur domaine. Michael Lopez-Alegria, astronaute ayant participé à quatre missions spatiales à bord de la Navette a été choisi pour être le directeur des vols de cette aventure. Calin Gologan, ingénieur en aéronautique, fondateur de PC-Aero GmbH, est le concepteur et designer de l’avion SolarStratos. Géraldine Fasnacht, pilote de wingsuit et « rideuse » professionnelle, apporte son expertise technique et sera responsable de la sécurité des vols. D’autres experts, en ingénierie, en météorologie, en informatique et en communication complètent l’équipe.

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Simulation du SolarStratos en vol. Les cellules solaires sont visibles sur l’extrados des ailes de l’appareil.
© SolarStratos

Au-delà de cette aventure, Raphaël Domjan et toute son équipe ont pour projet d’ouvrir une porte sur une aviation électrique et solaire commerciale proche de l’espace, dans le but de réaliser des voyages uniques avec des passagers privés ou des scientifiques. Jean Verne, petit-fils de Jules Verne, ainsi que Marie-Vincente Latécoère de la Fondation Pierre-Georges Latécoère ont accepté d’être les parrains de cette nouvelle éco-aventure solaire ambitieuse.

Ces exploits techniques et humains hors du commun qui se préparent en emboitant le pas de « Solar Impulse » préfigurent une nouvelle ère de l’aviation : celle des vols intercontinentaux utilisant une énergie renouvelable et propre, qui peut devenir le quotidien tout à fait ordinaire des générations futures. Il est permis d’espérer.

Philippe Chetail

Source : www.aerobuzz.fr

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